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Analyse: l’éducation, cet enjeu politique pétri d’émotion

4 janvier 2019, 13:33

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Analyse: l’éducation, cet enjeu politique pétri d’émotion

La question reste posée : sir Seewoosagur Ramgoolam avait-il essuyé un échec en 1976 malgré sa promesse électorale d’éducation secondaire gratuite ou était-il parvenu à limiter la casse ?

L’éducation portant toujours une charge émotionnelle dans la société mauricienne, sir Seewoosagur, faisant face à l’armada du MMM aux élections générales prévues pour le 20 décembre 1976, tenta un coup spectaculaire à quelques jours du scrutin en annonçant l’introduction de l’éducation gratuite dans le pays.

À l’exception de quatre collèges d’État qui accueillaient les meilleurs candidats aux examens du Primary School Leaving Certificate, il n’y avait au pays que des collèges privés ou confessionnels où le paiement de fees mensuels était obligatoire. Puisque Maurice vivait alors dans un état de sous-développement, une importante frange de la population ne pouvait se permettre de payer l’écolage de leurs enfants. Les études pour eux se terminaient avec la sixième au niveau primaire. L’éducation gratuite dans les collèges allait ouvrir les portes pour ces enfants défavorisés.

Cette promesse de sir Seewoosagur eut pour résultat de contenir l’offensive du MMM dans une certaine mesure. Mais quand les résultats furent proclamés, les Mauriciens apprirent que le MMM à lui seul avait enlevé 30 des 60 sièges dans l’île principale de Maurice contre 25 au Parti travailliste et 7 au PMSD dont les deux de Rodrigues. Une alliance gouvernementale fut concoctée en catastrophe entre les Travaillistes et le PMSD, ce qui leur donna une majorité de deux sièges face au MMM.

Sans la promesse de l’éducation gratuite, les Travaillistes auraient sans doute connu la débandade face au MMM qui enleva des sièges dans pas moins de huit circonscriptions rurales et qui profita de la division des votes entre le PMSD et le Labour dans le contexte d’une lutte à trois.

L’éducation avec sa charge émotionnelle allait aussi dominer les élections générales de 1995 quand un MSM littéralement écrasé sous le rouleau compresseur de l’alliance PTr-MMM tenta de trouver une parade pour empêcher la déroute. Le MSM fit grand cas de l’inclusion des langues orientales dans la comptabilisation des résultats du primaire et l’admission subséquente de ces candidats dans les collèges confessionnels du pays. Selon les stratèges du MSM, 70 % de la population étaient favorables à l’inclusion des langues orientales. Toutefois, malgré ces appels à un réflexe émotionnel auprès des électeurs, le MSM essuya une sévère défaite aux élections du 20 décembre 1995, ne parvenant même pas à enlever un siège. Ce fut un 60-0 sans appel.

Comme si les fantômes choisissent un jour particulier pour s’imposer dans l’émotionnel, les élections de 1976 comme celles de 1995 avec un thème commun sur l’éducation eurent lieu un 20 décembre.

 

Immédiatement après les élections

<p style="text-align: justify;">Après les élections du 20 décembre 1976 et la constitution d&rsquo;un gouvernement de coalition entre Travaillistes et PMSD, les vainqueurs prirent la décision d&rsquo;appliquer immédiatement l&rsquo;introduction de l&rsquo;éducation gratuite au niveau secondaire. La décision d&rsquo;honorer cette promesse électorale était largement motivée par le fait que le gouvernement ne disposait que d&rsquo;une majorité de deux sièges, ce qui rendait son existence assez précaire. Le gouvernement craignait qu&rsquo;il y ait de nouvelles élections anticipées. Dans une telle éventualité, la coalition pouvait se vanter d&rsquo;avoir gardé parole. Il n&rsquo;y eut pas d&rsquo;élections anticipées et le gouvernement tint bon en débauchant des transfuges du côté du MMM et de par les opérations menées en secret par le <em>Chief Whip</em> d&rsquo;alors, feu Angidi Chettiar. Ce dernier s&rsquo;assurait, en utilisant des moyens pas toujours catholiques, que la majorité du gouvernement ne soit jamais menacée lors d&rsquo;un vote.</p>

 

Quand Bhugaloo ne put tenir le coup…

Élu en 3e position dans la circonscription de Belle Rose-Quatre Bornes, le candidat choc des Travaillistes, Heeralall Bhugaloo, ne battit Sheila Bappoo, alors la prima donna du MMM, que de 55 votes. Bhugaloo avait été membre dirigeant du MMM depuis 1970 avant son passage au Parti travailliste.

Bhugaloo obtint le portefeuille de l’Éducation qu’il hérita du Dr Régis Chaperon, battu aux élections de 1976. C’est un ministère totalement dépassé par les événements, avec l’introduction de l’éducation gratuite dans les collèges, qui fut confié à ce transfuge du MMM connu pour ses coups de gueule.

Le 13 janvier 1977, avec la rentrée des classes, la situation devint totalement incontrôlable dans le secteur, ce qui mena le jeune ministre à soumettre sa démission. Ceux qui connaissent cet événement soutiennent que si Bhugaloo avait expédié sa lettre de démission au Premier ministre sir Seewoosagur Ramgoolam, ce dernier aurait pu le convaincre de ne pas aller de l’avant avec sa décision ou lui aurait alloué un autre ministère. Quand Sir Seewoosagur fut avisé de cette démission, le Speaker d’alors, Sir Harilal Vaghjee, avait déjà apposé ses initiales sur la lettre de démission devenue à partir de ce moment un document enregistré au greffe du Parlement.

Puisque les élections partielles avaient été abolies depuis 1969, la commission électorale devait procéder à la nomination du successeur de Bhugaloo. La commission devait puiser à partir de la liste de candidats battus celui qui avait réalisé le meilleur score dans le Parti travailliste tout en répondant au même profil sociologique que le démissionnaire. C’est Kher Jagatsingh, secrétaire-général des Rouges et fidèle de sir Seewoosagur qui fut ainsi désigné membre du Parlement. Il avait scoré 47,8 % des votes dans le No 10 où deux MMM, Ramduth Jaddoo et Jugdish Goburdhun, et un Travailliste, Sir Satcam Boolell, avaient été élus. Sir Seewoosagur confia le ministère de l’Éducation à sir Kher et ce dernier se mit aussitôt à réaliser la tâche herculéenne de gérer l’éducation gratuite dans les collèges du pays. La Private Secondary Schools Authority fut créée pour administrer les collèges et leur transférer des subventions pour financer l’éducation gratuite. Sir Kher bénéficia du soutien de Prem Burton, un cadre très compétent dans le secteur de l’éducation, pour mener à bien les opérations.

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