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Dr Uva Paratian: «Cannabis, entre deux maux, il faut choisir le moindre mal»
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Dr Uva Paratian: «Cannabis, entre deux maux, il faut choisir le moindre mal»
Le Mouvement patriotique (MP) s’est prononcé en faveur de la dépénalisation du cannabis. Comment et pourquoi votre position a-t-elle évolué sur ce dossier ?
Il n’y a que des cons et des imbéciles qui ne changent pas d’avis, selon l’adage français bien connu. La dépénalisation du gandia est un sujet très sensible dans notre pays comme ailleurs dans le monde. Avant toute discussion, il est CAPITAL de mentionner que le MP ne prône pas du tout une substance à visée psychoactive, c.-à-d. une drogue licite ou illicite. Tant que la population peut être éloignée des drogues quelles qu’elles soient, c’est tant mieux et c’est ce que souhaite de tout cœur le MP. Toutefois, il n’existe pas de monde sans drogue et nous sommes les premiers à le savoir. C’est une utopie de croire le contraire.
La répression n’a jamais marché et ne marchera jamais. On a vu aux États-Unis ce que la répression sur l’alcool a fait comme dégâts avec la venue sur le marché des dealers notoires tels Al Capone et ses autres acolytes. Je vous rappelle que le MP, avec des organisations non gouvernementales (ONG), médecins et chercheurs mauriciens disaient déjà, en 2016, qu’une autre approche de la question de dépénalisation du cannabis/gandia devrait se faire car les drogues synthétiques faisaient des dégâts intenses et trop souvent irréversibles.
Au MP, nous croyons fermement qu’entre deux maux, il vaut mieux choisir le moindre mal. L’île Maurice est le premier consommateur des OPIACÉS en Afrique après l’Éthiopie et le Kenya, selon le dernier rapport sur la drogue…
Quid de la récente directive de dépénalisation et de la reclassification du cannabis/ gandia par l’Organisation mondiale de la Santé ?
Cela vient changer considérablement la donne, cela fait suite à plusieurs études sérieuses de nombreux chercheurs du monde. Ici, suite au rapport mauricien du juge Lam Shang Leen de 2018, je pense que nous sommes bien armés pour élaborer une conduite à tenir sur cette démarche de décriminaliser le cannabis/gandia. Plusieurs décideurs d’autres pays l’ont fait avec plus ou moins de succès. Alors, pourquoi pas nous à Maurice. Nous ne devons pas être plus royalistes que le ROI.
En février 2017, j’ai moi-même apporté un regard nouveau sur toute la question du cannabis médical au sein du MP après m’être imprégné de nombreuses études scientifiques valables. Non seulement le MP a abordé le sujet sur le cannabis médical, mais aussi sur l’aspect économico-financier que cela pourrait apporter à notre pays où le besoin d’un nouveau piller économique doit se dessiner au plus tôt.
Le président de la Commission d’enquête sur la drogue, le juge Lam Shang Leen, et ses collaborateurs, à la page 116 du rapport, notaient déjà qu’il ne faudrait en aucun cas traiter les trafiquants de drogues et les usagers occasionnels de la même manière. Il souhaitait une approche différente pour les deux catégories. Comme lui, nous souhaitons une approche ÉDUCATIVE et NON PUNITIVE et une approche bio-psycho-sociale pour les usagers consommateurs de gandia. Il nous faut un centre de réhabilitation pour les addictions (addiction : perte de contrôle sur sa consommation, cela peut être de l’alcool, du tabac, du café, des drogues, du cannabis, du sexe, des jeux vidéo).
Et mettre dans une même cellule un trafiquant notoire et un usager de drogue douce…
C’est inhumain et illogique, on le sait bien. Cette méthode répressive fait que nos prisons sont surpeuplées avec toutes les conséquences que nous connaissons. Avec toutes les complications de cette pénalisation (non-obtention du certificat de moralité, réduction de chance d’être employé, augmentation des infections sexuellement transmissibles, y compris les coûts exorbitants du traitement de l’hépatite C, retard dans le traitement des dossiers judiciaires et administratives, mobilisation non utile de la force policière, perte de ressources humaines et financières, etc.), il est grand temps, comme le font beaucoup d’autres pays, d’élaborer une direction différente sur ce sujet qu’est la dépénalisation ou de la décriminalisation du gandia.
Et quel est l’intérêt du MP ? Est-ce par opportunisme électoral ?
Chaque année, le MP organise un forum débat sur la question de la drogue et le président, Alan Ganoo, a toujours œuvré dans ce sens. Lors de la campagne de la partielle du no 18, notre candidate Tania Diolle a expressément demandé à tout parti politique de cesser leur campagne afin de parler et de mettre en exergue la problématique de la drogue à Maurice. Le Dr David Mété, le Chef de service de l’addictologie au CHU de St-Denis, à La Réunion, et moi, nous partageons nos connaissances réactualisées afin d’en informer la population locale depuis plus de deux ans.
La Réunion aussi réfléchit dans le sens de la décriminalisation de cannabis/zamal/gandia. Les diverses études comparatives montrent que les overdoses n’existent pas avec le cannabis/gandia, alors que cela existe avec d’autres produits licites ou illicites. Il est évident qu’avec la mort tragique de Kaya, dans les circonstances que l’on connaît, que le mouvement vers la dépénalisation du gandia a pris un retard considérable. Mais entre-temps, il y a eu des mobilisations dans divers pays du monde et des études scientifiques de tout part qui réconfortent le MP dans notre approche dépénalisant du cannabis/gandia.
«La dépénalisation du gandia reste la possibilité la plus plausible contre la drogue synthétique.»
Pour toutes ses raisons et pour des raisons humaines, nous, au MP, nous souhaitons une dépénalisation de l’usager du cannabis/gandia. Dans le prochain gouvernement auquel nous participerons, il est clair que notre programme de dépénalisation du gandia doit être appliqué.
Cannabis médical ou récréatif ? Dépénalisation ou légalisation ? Dans quelle séquence proposez-vous de faire les choses ?
Le sujet de gandia est sensible partout dans le monde. Mais beaucoup de progrès se font de par le monde. On y apprend chaque jour du nouveau. Ce serait une hypocrisie majeure si on parle du cannabis/ gandia médical et ne pas parler de dépénaliser le gandia. Une dépénalisation du gandia se fera en premier et s’en suivra rapidement le cannabis médical et récréatif après discussion surtout avec les consommateurs et leurs représentants (ONG). Petit à petit, et surtout qu’avec les études et recherches probantes suite à la dépénalisation, nous y verrons plus clair. Dans ce genre de changement, il faudrait éviter la «va-vite». Mais la dépénalisation doit se faire rapidement avant de considérer autres étapes et conduite à suivre. Dans l’urgence il faut toujours bien réfléchir. Il faut agir vite une fois la décision est prise. C’est cela la devise de ce parti qu’est le MP.
Le MP est venu rejoindre le PMSD sur ce dossier. Pensezvous que les autres partis vont vous emboîter le pas ?
Le consensus de la dépénalisation du gandia doit être vu comme une opportunité pour tout parti politique responsable qui se respecte. Je dirais plutôt que le PMSD est venu rejoindre le MP en mai 2018. Alan Ganoo, Tania Diolle et moi-même, depuis 2017, avions pris parti pour la dépénalisation du gandia. Et en février 2018, je parlais du problème de dépénalisation et du cannabis médical. La drogue est un problème national. Nos familles en souffrent encore plus que les usagers de drogues eux-mêmes. Il faudrait prendre ce problème épineux avec tout le tact nécessaire. D’ailleurs, le MP lors de l’élection partielle de 2017 au no 18, avait interrompu sa campagne pour réunir et sensibiliser tous les partis politiques avec des ONG et d’autres acteurs pour débattre sur la problématique de la drogue à Maurice.
La problématique de la dépénalisation du gandia est à prendre avec des pincettes pour éviter de faire des vagues et créer un tsunami dans la population. Toutefois, je vous rappelle que le MP est le parti politique, depuis 2017, avant tout autre, qui a annoncé en accord avec des experts reconnus en matière d’addiction, que la dépénalisation du gandia reste la possibilité la plus plausible pour combattre le fléau de la drogue synthétique. Non pas dans un but d’une réflexion électoraliste, mais d’une prise de conscience afin de soulager nos familles et de respecter la liberté individuelle des citoyens.
Notre combat au MP pour la dépénalisation du gandia dépasse le cadre de la politique politicienne. Le MP a pris le temps de réfléchir à comment concrétiser la dépénalisation. Nous avions parlé alors du cannabis médical et de la décriminalisation du consommateur. Il s’agit d’un sujet sensible de société avant tout qui devrait interpeller tous les partis politiques.
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