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Autrefois orateur vedette du MMM: Prem Koonjoo devenu un «ton»
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Autrefois orateur vedette du MMM: Prem Koonjoo devenu un «ton»
Premdut Koonjoo amuse bien les Mauriciens avec ses histoires de requins, baleines et tortues, qu’il confond avec des ourites, dont il ne sait encore s’il va en empêcher la pêche en période de reproduction. Ministre de la Pêche et de l’économie marine, il parle sûrement en connaissance de cause en affirmant que les requins ne s’attaquent pas aux humains aussi longtemps qu’ils ne sont pas provoqués (gagn sikann). Ses notes biographiques officielles le présentent comme un amateur de la nage. En double connaisseur des requins alors…
Puissant orateur maniant le sérieux et l’humour, Koonjoo était incontournable. Avant de commencer à raisonner comme un «ton» (ou un thon) de 75 ans, Prem Koonjoo était un enfant terrible de la politique. Comme trentenaire, il fut l’une des principales vedettes de l’estrade du Mouvement militant mauricien (MMM), rôle qu’il joua avec brio de 1976 à 1983. Koonjoo fut fortement sollicité comme orateur par des militants de tout le pays, dans les villes comme les villages.
Lors des campagnes électorales, il prenait la parole chaque jour à plusieurs meetings, dans différentes circonscriptions. Il était toujours accompagné de son garde du corps volontaire, un solide gaillard membre du clan Busgeet, plus connu sous le sobriquet de Duval. Armé d’une lourde massue, Duval travaillait comme «casseur de roche» pour une propriété sucrière dans la journée. L’après-midi, il prenait place dans la voiture de Koonjoo. Duval eut rarement à intervenir. Son bhojpuri conciliant faisait baisser la tension. Mais une bonne claque de Duval aurait sans doute mené à l’admission du récipiendaire à l’ICU la plus proche.
Ancien enseignant du primaire et plus tard détenteur d’une maîtrise en économie de l’université de Delhi, Koonjoo se joignit à la fonction publique comme administrative officer en 1976, mais pas pour longtemps. Il rallia le MMM et fut présenté comme candidat de ce parti aux élections de 1976 dans la circonscription de Triolet-Pamplemousses face à sir Seewoosagur Ramgoolam. À ces élections de 1976, le MMM fit élire des candidats dans toutes les circonscriptions rurales, sauf celles de Triolet et de Rose-Belle–Vieux-Grand-Port. Koonjoo n’entra pas au Parlement. Mais ce n’était que partie remise car aux fameuses élections de 1982, avec son 60-0 inédit, Koonjoo se fit élire à Triolet en seconde position.
Le 60-0 compromis par un conflit interne au MMM, Koonjoo devint en 1983 l’une des principales vedettes des Mauves. Ce fut l’apogée de sa carrière politique. En 1983, le MMM présenta Paul Bérenger comme son candidat au poste de Premier ministre, avec comme adversaire direct Anerood Jugnauth. Koonjoo fut alors associé à une stratégie d’enfer conçue pour infliger une très lourde défaite à la nouvelle alliance Mouvement socialiste militant – Parti travailliste – Parti mauricien social-démocrate (MSM-PTr-PMSD).
D’après cette déroutante stratégie, le MMM était potentiellement capable de réunir une large frange de l’électorat mauricien composé des minorités non-hindoues, des TTM et des castes Rajput et Ravived. Le terme TTM (voulant dire Tamouls, Télougous, Marathis) fut inventé par des stratèges du MMM qui montèrent même un programme culturel TTM à la MBC. Des militants passèrent leur temps à additionner les chiffres des différentes composantes de cet électorat. Koonjoo devint un symbole incontournable de ce ralliement visant à isoler sociologiquement Jugnauth et Harish Boodhoo, ces derniers soutenus par sir Seewoosagur et Gaëtan Duval. Dans ses discours à travers le pays, Koonjoo haranguait les foules sur des cas d’injustice sociale et de népotisme.
À ces élections de 1983, Koonjoo et tous les candidats du MMM en régions rurales furent battus. La stratégie minorités/TTM/ Rajput-Ravived s’avéra totalement factice. L’alliance bleu-blanc-rouge diabolisa Bérenger et joua fort sur la menace d’accaparement du pouvoir politique par les barons de l’industrie sucrière. Une vive réaction communale plus large mit sous éteignoir toute la stratégie MMM de divisions intestines et castéistes.
Après la débâcle de 1983, Koonjoo resta à l’avant-plan et il fut même présenté en 1987 comme candidat du MMM à une élection partielle qui ne se matérialisa pas dans la circonscription de Mahébourg– Plaine-Magnien. Aux élections générales de 1987, avec Prem Nababsing comme candidat premier-ministériel, Koonjoo passa dans la circonscription de Savanne–Rivière-Noire. Il fut battu, bien que le MMM Alan Ganoo y fut élu. L’autre élu MMM en régions rurales fut Nababsing lui-même.
Élection de Koonjoo dans le n°5 en 1991 comme MMM, mais il quitte le parti mauve en 1993 pour se faire battre en 1995 comme allié de Jugnauth. En 2000, Koonjoo devenu MSM intégral est élu à Flacq–Bon-Accueil. En 2005, il y est battu.
Aux élections de 2010, point de Koonjoo, bien que son parti, le MSM, se présentait comme allié du PTr. Il s’apprêtait à devenir diplomate si cette alliance l’emportait. Effectivement, il fut pressenti pour être haut-commissaire de Maurice en Malaisie. Toutefois, à la cassure PTr-MSM en 2011, Koonjoo se retrouva chômeur. Il pansa ses blessures comme fidèle du MSM et se porta candidat à Rose- Belle–Vieux-Grand-Port en 2014. Élu, nommé ministre, il plongea tête baissée dans l’univers des requins, baleines et tortues. Après une telle carrière en dents de… scie, Koonjoo se mettra-t-il enfin au sec ou matera-t-il encore les requins – gros, moyens et petits – de la politique mauricienne ?
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