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Aquaculture à Mahébourg: disputes autour du barachois de Cité-La-Chaux
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Aquaculture à Mahébourg: disputes autour du barachois de Cité-La-Chaux
Une cinquantaine de pêcheurs de Beau-Vallon, Cité-La-Chaux et Rémy-Ollier s’opposent depuis un an à une compagnie de culture de crabes sur l’utilisation d’un barachois. Le promoteur aurait commencé à clôturer le barachois et à défricher les alentours en faisant comprendre qu’il détient un permis pour l’utiliser. Jusqu’à l’heure, ce permis paraît fictif aux yeux des Mahebourg Fisheries et des pêcheurs puisque le promoteur refuse de leur montrer le document. De plus, Robert Étienne, le responsable de l’association des pêcheurs, nous confie qu’ils ont fait plusieurs demandes depuis l’an 2000 auprès du ministère pour lancer l’aquaculture dans ce barachois de 26 hectares, mais en vain.
L’idée qu’un inconnu ait pu obtenir ce permis ne les enchante pas. «Nous pensions faire de l’aquaculture au barachois mais le ministère a rejeté notre demande», laisse entendre Robert Étienne. Ces pêcheurs voulaient élever des espèces marines, telles que crabes, cordonniers et rougets, entre autres, et ils avaient même nettoyé le barachois. Ils ont donc continué à y pêcher en période hivernale jusqu’au jour où ce promoteur leur a demandé d’y cesser leurs activités. Un barrage en tarmac autour du barachois et une clôture sont en construction.
«Celui qui prétend avoir eu ce permis, nous ne le connaissons même pas, ni ce qu’il souhaite faire ici. Nous savons uniquement qu’il est un habitant de Beau-Vallon», confie Robert Étienne.
Les pêcheurs se demandent comment le gouvernement a pu donner un permis d’aquaculture à cet homme alors qu’il n’est même pas pêcheur et comment il peut librement construire ce barrage et surtout pourquoi aucun panneau de Building & Land Permit n’est affiché devant le barachois. «Ce que nous voulons savoir, c’est comment il a pu obtenir ce permis aussi vite.»
Les pêcheurs et les officiers des Fisheries de Mahébourg ont demandé au promoteur de leur montrer son permis mais ce dernier aurait refusé. «Nous nous attendions au moins à ce que le ministère nous mette au courant s’il a réellement reçu ce permis. Car c’est louche qu’il n’y ait aucun panneau.» Robert Étienne souligne que la loi interdit d’enlever un objet de la mer pour le déposer sur terre et vice-versa. Pourtant, le promoteur ferait des réparations au barrage usagé à sa guise.
«Jalousie et orgueil»
Interrogé, un officier des Mahebourg Fisheries affirme que le promoteur détient effectivement un permis mais qu’il ne le présente jamais. Il aimerait également voir cette autorisation ainsi que toutes les conditions y relatives.
Après quelques recherches, nous avons retrouvé le promoteur en question. Il s’agit bien d’un habitant de Beau-Vallon, Crishna Dattoo, qui dirige l’entreprise One Two Go, spécialisée en artisanal mud crab farm. Sollicité pour une réaction, il ne semblait pas étonné des propos des pêcheurs. «C’est simplement la jalousie et l’orgueil qui font agir ces gens», rétorque-t-il. Nous montrant les documents des ministères de la Pêche et de l’Environnement, de l’EIA et de la SME ainsi que son Business Registration Number, Chrisna Dattoo confirme qu’il détient bel et bien un permis. Nous lui avons alors demandé comment il l’a obtenu aussi rapidement.
«Au départ, mon projet d’artisanal mud crab farm devait se faire à Pointe-Canon, où j’avais déjà investi. Mais peu de temps après, le ministère m’a fait comprendre que je ne pourrai pas opérer là-bas et que j’allais devoir trouver un barachois en ruine que je pourrais retaper et l’utiliser. J’ai décidé alors de demander un permis avec l’aide de mon consultant pour le barachois de Mahébourg et ils ont accepté», nous a-t-il répondu.
Il confie que cela lui a pris un an. «Mais certains ne sont pas d’accord. Cela arrivait que mon ouvrier qui m’aidait à construire et moi recevions des coups de pierre de ces pêcheurs», relate-t-il. Quid du panneau de Land & Building Permit aux abonnés absents sur le site ? «Tout cela coûte. Vous allez payer les frais pour moi, Madame la journaliste ? Un monsieur est passé hier pour la fabrication du panneau. Il y sera bientôt.» De plus, indique-t-il, les conditions de son permis lui permettraient noir sur blanc de toucher aux objets en mer et il a donc le droit de réparer le barrage.
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