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Rajeunissement de la délinquance: quand des mineurs repentis montrent la voie

29 janvier 2020, 18:24

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Rajeunissement de la délinquance: quand des mineurs repentis montrent la voie

Chloé, 17 ans, n’a jamais connu ses parents. Depuis ses cinq ans, elle vit en foyer d’accueil avec son frère et sa sœur aînés. «Mo ti pé fer mové. Avek bann kamarad nou ti pé sot baraz nou retourné detrwa zer di matin. Sékirité finn raport mwa. Inn pran enn désizion kont mwa…» raconte-t-elle. À 13 ans, Chloé est placée au Rehabilitation Youth Centre (RYC).

Ballottée entre une cinquantaine de pensionnaires, elle n’adhère pas aux règlements : «Mo ti pé fer mové. Mo pa ti kontan bann lalwa la ba. Mo pa ti adapté.» Son comportement devient plus violent : elle saccage les meubles, frappe les officiers, profère des insultes, refuse les tâches quotidiennes et s’en prend même aux autres enfants.

Après quelque temps, Chloé refuse de changer d’attitude. Ses amis, repentis, sont réintégrés tandis qu’elle demeure toujours au RYC. «Mo’nn koumans ekouté, mo’nn koumans fer louvraz. Mo’nn pass lor bord. Inn met mwa dan enn prozé mé bann leézot inn gagn fami, pa mwa. Mo ti bien tris mé lerla monn gagn enn déziem sans», indique-t-elle.

Repentie à son tour, l’adolescente intègre le centre Havre d’Avenir et suit maintenant des cours de coiffure et prochainement de soins de beauté. Elle sera bientôt recrutée comme assistant carer et assiste déjà les autres enfants : «Mo ed zot pou ki zot pa tom dan sa bann mové konportman-la

«Mo pa le ki lézot res dan mové simé»

Comme elle, Axelle, 16 ans, est passée par le même chemin. «Kan mo papa bwar li bat mo mama. Bann vwazin inn fer konplint. Mo bann ser, frer ek mwa inn al dan shelter. Avan mo pa ti ekouté, mo ti revolté. Apré monn réalizé ki mo bizin sorti ladan. Aster mo pa le ki lézot res dan mové simé. Mo tir lager, mo fer bann zénes-la konpran.»

Selon elles, être intermédiaire auprès des jeunes en difficulté permet de les dévier de la délinquance. Une méthode qui prouve déjà son efficacité, estime Reshad Lotun, le manager de Havre d’Avenir : «Elles ont appris le respect, l’obéissance et la discipline. Désormais, elles sont mieux placées pour les inculquer aux autres jeunes en difficulté

Plan d’action gouvernemental

Une telle démarche pourrait être intégrée au plan d’action énoncé dans le discours-programme pour 2020-2024. En effet, le gouvernement entend mettre sur pied un observatoire pour analyser tous les aspects des comportements antisociaux et en déterminer les causes en vue d’élaborer une stratégie nationale.

Récemment, trois mineurs ont été arrêtés pour cambriolage tandis que deux adolescentes se sont évadées d’un foyer. D’où la nécessité d’une analyse des comportements à risque et du plan d’action préconisé par le nouveau mandat gouvernemental.

D’autant que les récents cas détectés soulignent que ces délits surviennent de manière précoce, constate Dany Philippe, président du Collectif Urgence Toxida (CUT) qui parle de rajeunissement et féminisation du phénomène : «Il faut voir tout ce qu’il y a derrière la délinquance, notamment l’éducation, l’emploi, la violence liée à son environnement etc. C’est à plusieurs dimensions qu’il faut traiter le problème

Pour Véronique Mars, coordinatrice de l’ONG Kifer pa mwa à Batterie Cassée, un plan d’action national doit prioriser la prévention de la délinquance à la base. «En définissant plus d’activités dans les régions pour les jeunes et plus de gens pour les encadrer, on pourra prévenir le mal à la racine. Il faut agir dès le pré-primaire car de zéro à sept ans, la mémoire des enfants est plus vive. C’est là qu’il faut intervenir.»

Capitaliser sur les jeunes

Au lieu de conserver le tabou sur des sujets qui les concernent, une approche plus proactive et adaptée doit être privilégiée. Par exemple, d’anciens délinquants peuvent servir de modèles aux autres enfants vulnérables à ce fléau. «Cela a été une réussite pour les adhérents des centres de désintoxication. Ils sont en meilleure position pour comprendre ceux tentés par la toxicomanie. Ce serait une bonne démarche de capitaliser sur les jeunes qui ont retrouvé le droit chemin

De son côté, Edley Maurer, directeur de l’association Safire, qui encadre les enfants de rues, affirme que l’observatoire contribuera à faire un état des lieux réel sur le phénomène : «On pourra alors mieux encadrer ces enfants dès leur jeune âge. Le fait de voir beaucoup de jeunes sujets à des comportements antisociaux, induit beaucoup de dépenses sur le plan social. Nous devons avoir des gens compétents pour trouver de vraies solutions.»

D’après lui, trop souvent, le réflexe est de recourir à un psychologue. Or, c’est un problème psychosocial qui nécessite une approche intégrant plusieurs partenaires : «Cela peut être des professionnels, des travailleurs sociaux et ceux disposant d’expérience du terrain. Il est temps qu’on s’asseye ensemble pour régler le problème.» Edley Maurer évoque un travail de fond sur des facteurs développant un comportement à risque comme l’environnement, la famille, etc

Children’s Bill

La création de l’Observatoire constitue une bonne mesure, indique Rita Venkatasawmy, Ombudsperson for Children : «Nous aurons des données de base et notre politique sociale pour les enfants en situation de conflit avec la loi sera basée sur la recherche à la sauce mauricienne.»

D’après elle, le Children’s Bill comprendra un cadre légal général tandis que le plan d’action viendra vraiment aider ces enfants à risque. Concernant le rajeunissement des délinquants, elle affirme qu’un enfant de trois ans n’est pas conscient de ses actes. «C’est pour cela que l’âge de la responsabilité criminelle est très important à définir. À trois ans, l’enfant a peut-être un problème de comportement. Pour un mineur de 15 ou 16 ans, c’est un gros débat. Nous en avons qui, très jeunes, commettent des délits. Il y a récemment celui de 15 ans qui pour Rs 2 000, a aidé à commettre un gros délit, un crime pratiquement. Il nous faut avoir cette définition à nous en fonction des réalités sociales, de la culture et du profil des enfants», confie-t-elle.

Quant à la féminisation, elle confirme que des jeunes filles mineures sont auteures de délits. «Il faut un encadrement spécialisé pour pouvoir s’en sortir que l’on soit garçon ou fille. Ceci dit, si on décide de fixer l’âge de responsabilité à 15/16 ans, l’enfant devra répondre de ses actes. Il faut aller vers la réhabilitation sans pour autant évoluer dans une société anarchique où le mineur va régner», conclut-elle.

 

 


En chiffres

<p>5,6 sur 1 000 : tel était le taux de la délinquance juvénile en 2018 selon <em>Statistics Mauritius</em>. Comparé à l&rsquo;an 2017, ce fléau accuse une hausse puisque l&rsquo;indice était alors de 5,2. De 2017 à 2018, le nombre de délinquants impliqués dans des <em>&laquo;crimes and misdemeanours&raquo; </em>a augmenté de 5,8 %, passant de 600 à 635.</p>

<p>Les délits de drogue étaient également à la hausse, passant de 62 à 70. Une hausse de 6,9 % est également observée dans les contraventions. Ainsi sur un nombre de 727 délinquants, 93,5 % des délits étaient liés au trafic routier. En 2018, le taux de délinquance était de 9,9 pour 1 000 chez les garçons et d&rsquo;1,1 chez les filles. Les données pour 2019 ne sont pas encore disponibles.</p>

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