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Parlement: la présidence et le style Phokeer contestés

29 février 2020, 18:00

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Parlement: la présidence et le style Phokeer contestés

Qui l’eût cru ? «Retourn nou Maya», clamait, hier après-midi, Patrick Assirvaden, membre du front bench du Parti travailliste (PTr). Une phrase lourde de sens pour qualifier la présidence de Sooroojev Phokeer au Parlement. Décidément, le speaker, un nominé du Mouvement socialiste militant (MSM), détonne et surprend les parlementaires de l’opposition, et même ceux de la majorité. Hier, c’était du jamais-vu. La séance a plongé cette institution, selon des membres de l’opposition, dans la honte, entraînant l’expulsion du député rouge, Shakeel Mohamed, et la suspension du leader de l’opposition, Arvin Boolell, pour deux séances parlementaires. Et ce, sur une motion du Premier ministre, Pravind Jugnauth.

Alors que tout semblait indiquer que le ministre des Services financiers et de la Bonne gouvernance, Mahen Seeruttun, allait enfin répondre à sa PNQ sur l’inclusion de Maurice sur la liste grise de la Financial Action Task Force (FATF), après que le leader de l’opposition avait choisi de changer de sujet, lundi dernier, après le drame du Metro Express à Barkly, une déclaration du speaker a mis le feu aux poudres. Pour preuve : celle sur la présence d’un huissier dans les couloirs de l’Hôtel du gouvernement le 2 décembre 2019, pour remettre une copie d’une pétition électorale au Premier ministre adjoint, Ivan Collendavelloo, contestant son élection à Rose-Hill– Stanley ; de plus, le speaker avait dénoncé le 24 janvier la présence du même huissier, la qualifiant d’outrage à l’article 74 des Standing Orders de la chambre.

Cela n’a pas plu aux députés rouges, et plus particulièrement, à Shakeel Mohamed, qui s’est opposé frontalement à la décision de Soroojdev Phokeer de permettre à Ivan Collendavelloo de s’expliquer sur cette pétition. D’autant plus que cette affaire sera prise en Cour suprême et qu’elle est donc «sub judice». Mais, face à l’intransigeance du speaker, qui a refusé d’accéder à sa demande et a donné la parole à Ivan Collendavelloo pour poursuivre son intervention, le député rouge n’aurait pas eu d’autre choix que de qualifier le n°2 du gouvernement de «coward». Mot qu’il a dû retirer sur l’insistance du speaker et les pressions exercées par les parlementaires de la majorité. Cependant, s’il a retiré le mot «coward» pour qualifier la démarche d’Ivan Collendavelloo, il n’a pas retiré l’expression à l’effet que ce dernier a «act cowardly». Ce qui lui a valu cette fois une expulsion de l’hémicycle par le speaker.

Motion de blâme

Cette décision a révolté les députés de l’opposition, plus particulièrement le leader, Arvin Boolell, et même gêné certains membres de la majorité. «Il est clair que le président de la Chambre est en train d’overdo dans son style de présider des travaux. C’est flagrant qu’il est sélectif dans ses critiques ; ce qui ne fait pas l’honneur à cette institution», souligne un ex-parlementaire. D’ailleurs, Arvin Boolell a eu toutes les peines du monde à raisonner le speaker mais sans succès. Du coup, il n’a pu s’empêcher de lui dire qu’il n’est pas «fit» pour occuper ce poste et qu’il est en train d’usurper les droits parlementaires. Conséquence : Arvind Boolell a été «named» et le speaker lui a demandé de quitter le Parlement. Ce qu’il a fait en présence du sergeant-at-arms et des officiers de police, suivis de tous les membres de l’opposition.

Face à la présidence décriée de Sooroojdev Phokeer et son style contesté, qui ne fait pas l’honneur au Parlement, Arvin Boolell envisage de présenter une motion de destitution contre sa personne. «Nous allons consulter nos hommes de loi pour la marche à suivre», a-t-il souligné lors d’un point de presse conjoint de tous les partis de l’opposition. Parallèlement, il engagera des consultations avec les autres formations sur la possibilité de présenter prochainement une motion de blâme contre le speaker.

Pour le leader du Mouvement militant mauricien (MMM), Paul Bérenger, c’est un jour triste pour le Parlement mauricien. Il trouve également révoltant que l’opposition est contrainte de traiter avec un tel speaker qui, selon lui, s’est complètement décrédibilisé dans ses fonctions. «On n’a pas un speaker mais un ‘loudspeaker’ de parti.» (NdlR, le speaker a d’abord été surnommé ainsi par les Facebookers.) Il dit regretter que le Premier ministre participe également par son silence à bafouer la dignité du Parlement. Étant donné la suspension d’Arvin Boolell pour les deux prochaines séances parlementaires, Paul Bérenger décidera ensemble de la présence ou non de l’opposition.

Me Ajay Daby, ex-speaker: «Il faut rétablir l’ordre au parlement»

Interrogé sur cette séance houleuse du Parlement, l’ex-speaker Ajay Daby se dit consterné devant le déroulement des événements au sein de l’hémicycle. «Il y a une déréglementation totale de cette institution. Il y a de l’excès. It’s total madness as there is something basically wrong going on.» Pour Ajay Daby, le leader of the House doit se ressaisir et, s’il faut avoir recours au judiciaire pour éviter le pire, il faut le faire.

Réaction. Navin Ramgoolam: «L’assemblée inn vinn enn joke»

Une blague. C’est en ces termes que Navin Ramgoolam a décrit ce qui s’est passé au Parlement hier, vendredi 28 février, à Trou-d’Eau-Douce. L’ancien PM est d’avis qu’un speaker a le devoir de protéger la minorité que représente l’opposition. Or, c’est tout le contraire qui s’est produit. Non seulement le leader du PTr accuse Sooroojdev Phokeer de protéger le gouvernement, mais il affirme aussi que l’expulsion d’Arvin Boolell et sa suspension pour deux séances ont été faites par exprès dans le but d’éviter la «Private Notice Question» sur le fait que Maurice a été placé sur la liste grise en ce qui concerne le blanchiment d’argent.

Pétition électorale

<p>Saoud Saumtally : l&rsquo;huissier qui s&rsquo;est attiré l&rsquo;ire de Collendavelloo</p>

<p>L&rsquo;huissier du privé Saoud Saumtally est presque devenu une star bien malgré lui. Tout a commencé à la suite de la pétition qu&rsquo;il a servie au Premier ministre adjoint, Ivan Collendavelloo, afin de contester les résultats des dernières élections générales dans la circonscription no 19 (Stanley &ndash; Rose-Hill). <em>&laquo;Je suis allé le voir à son domicile mais l&rsquo;on m&rsquo;a fait comprendre que ce n&rsquo;est pas ici que j&rsquo;allais pouvoir le rencontrer. Donc, je me suis rendu à son bureau qui se trouve à la Government House, le 2 décembre dernier, à 11 h 10. Et je la lui ai remise personnellement.&raquo;</em> Toutefois, il poursuit qu&rsquo;à 11 h 25, Ivan Collendavelloo lui a fait comprendre qu&rsquo;il n&rsquo;a pas le droit de lui servir ce papier au Parlement. <em>&laquo;Je le sais déjà mais je ne lui ai pas servi ce papier au Parlement.&raquo; </em></p>

<p>Cette pétition justement a été émise par Uteem Chambers. Et interrogé, hier, le député Reza Uteem maintient que le Premier ministre adjoint &laquo;craint un recount&raquo;. Il soutient que le &laquo;ruling&raquo; du speaker, Sooroojdev Phokeer, sur la motion d&rsquo;Ivan Collendavelloo, vient contredire ce qui s&rsquo;est déjà passé au Parlement. <em>&laquo;J&rsquo;avais également déposé un privilege complaint dans une affaire impliquant Kalyan Tarolah. La speaker d&rsquo;avant, Maya Hanoomanjee, m&rsquo;avait dit que j&rsquo;avais trop tardé pour faire la plainte. Or, Ivan Collendavelloo vient après quelque trois mois pour protester. On ne peut que parler d&rsquo;un acte de lâcheté de sa part car il craint le &lsquo;recount&rsquo;.&raquo;</em></p>

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