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Fête de l’indépendance: une période faste pour Leela Dookun-Luchoomun

13 mars 2020, 16:57

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Fête de l’indépendance: une période faste pour Leela Dookun-Luchoomun

Élue au Parlement depuis 2000, ministre de l’Éducation depuis 2014, après avoir été ministre de la Sécurité sociale pendant deux ans, en huitième position dans la hiérarchie gouvernementale entre 2014 et novembre 2019 et vice-Première ministre depuis quatre mois, voilà que Leela Devi Dookun-Luchoomun a reçu la plus haute distinction de l’État, hier. Elle a été faite Grand Commander of the Star and Key of the Indian Ocean (GCSK). Il y a quelques semaines, elle a agi comme Première ministre par intérim, devenant par la même occasion la première femme à occuper un tel poste à Maurice.

Cette fidèle du Mouvement socialiste militant (MSM), qui a commencé sa carrière politique en 1996, est sans doute une des ministres les plus influentes de ce gouvernement. Toutes ses décisions prises au niveau du ministère de l’Éducation, dont l’obligation de cinq credits pour être promu en Grade 12, sont soutenues à 100 % par le chef du gouvernement.

Certains prévoient même qu’après Pravind Jugnauth, elle pourrait prendre le leadership du MSM et éventuellement prétendre à occuper le poste de Première ministre. L’ironie veut toutefois que ce soit deux jours après la parution du rapport de l’Audit, qui épingle la gestion de l’e-Education sous la houlette de Leela Devi Dookun-Luchoomun, que cette dernière reçoive cette distinction.

L’autre politicien du MSM qui a été décoré est Raj Rampertab. Il a été secrétaire parlementaire privé sous l’ancien gouvernement. Cet Immigration Lawyer, qui a passé plusieurs années en Grande-Bretagne, avait de grandes ambitions politiques. On se souvient qu’il avait menacé de démissionner comme député de Flacq–Bon-Accueil (n°9) parce que d’autres avaient été choisis pour être ministres mais pas lui.

Néanmoins, il est vite retourné au bercail. Toutefois, il n’a pas obtenu d’investiture aux élections du 7 novembre dernier. Son nom a été cité pour être ambassadeur, mais pour l’heure, il est pressenti pour être l’un des directeurs du «board» de la SBM (voir en p. 8). Il a été fait Commander of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean (CSK).

Outre ces deux politiciens, d’autres proches du pouvoir, surtout ceux qui font partie des organisations socioculturelles, ont reçu des décorations. Notamment, Mahen Sookun du Mouvement vaish, ou Vinod Mittoo, proche de Somduth Dulthumun. Veerendra Ramdhun, ancien président de la Hindu House, et Dean Tirvengadum, ancien conseiller municipal du Muvman Liberater, ont été décorés à titre posthume.

Invité à commenter ces décorations, Pitch Venkatasamy, de Think Mauritius, estime que le choix des décorés doit être fait par un comité composé de personnes indépendantes et non choisies par des politiciens actuels. Selon lui, les décorés ne doivent pas être des politiciens actifs. Sinon la valeur des décorations s’effite. En ce qui concerne la décoration de Leela Devi Dookun-Luchoomun, Pitch Venkatasamy l’interprète comme un hommage du gouvernement à une femme dévouée.

 


Les élus du gouvernement en force

<p>Pas d&rsquo;invités d&rsquo;honneur. La cérémonie protocolaire pour célébrer la fête nationale au Réduit a été simple et sobre en raison du mauvais temps. Malgré une pluie battante, pratiquement tous les élus du gouvernement étaient présents. La <em>Private Parliamentary Secretary</em> Tania Diolle est arrivée, toute de jaune vêtue. Le duo inséparable, Joanne Tour et Subhasnee Lutchmun-Roy, et leurs collègues députées Sandra Mayotte, Dorine Chukowry et Teenah Jutton n&rsquo;ont pas manqué de prendre une photo avec sir Anerood Jugnauth. La présence de l&rsquo;ancien Premier ministre à la State House a mis donc fin aux rumeurs liées à sa présumée disparition, selon des <em>&laquo;fake news&raquo;</em> en circulation depuis mercredi.</p>

<p>Cependant, deux personnes chères au Premier ministre, Pravind Jugnauth, n&rsquo;étaient pas présentes : Kobita Jugnauth, son épouse, et Sarojini Jugnauth, sa mère. Pourtant, cette dernière accompagne toujours sir Anerood Jugnauth dans ses déplacements. Toutefois, Om Kumar Dabeedin, le <em>Senior Chief Executive</em> aux Affaires intérieures, est resté aux côtés de l&rsquo;ancien Premier ministre pendant la ceremonie. Il y a eu aussi les ministres et le speaker de l&rsquo;Assemblée nationale, Sooroojdev Phokeer, qui ont marqué leur présence. Il n&rsquo;y avait pas qu&rsquo;eux. Parmi les parlementaires, Arvin Boolell, leader de l&rsquo;opposition et membre du Parti travailliste. Il a fait une déclaration à la presse avant de s&rsquo;engouffrer dans sa voiture. Le Parti mauricien social-démocrate était représenté par Salim Abbas Mamode. Du côté du Mouvement militant mauricien, il n&rsquo;y avait personne. Un cadre de ce parti a déclaré à l&rsquo;express que les élus mauves étaient invités, mais en raison du mauvais temps, ils ne se sont pas déplacés. Il a précisé qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas eu de mot d&rsquo;ordre pour boycotter la cérémonie.</p>

<p>Par ailleurs, deux anciens locataires du Réduit, Cassam Uteem et Barlen Vyapoory, ainsi qui l&rsquo;ancien vice-président de la République, Raouf Bundhun, ont tenu à être présents. Des dignitaires religieux étaient également invités. Parmi eux, le cardinal Maurice Piat. Des représentants de diverses ambassades étaient également de la partie.</p>

 

 

 

Les décorés

Sports : les plus anciens

Éric Milazar: «Le sacrifice a été reconnu»

L’ancien recordman du 400m a de nouveau été décoré par l’État. Après 2004, où il a été honoré du titre de Member of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean (MSK), Eric Milazar a été fait Prime Officer of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean (GOSK). Cela fait suite à tous les efforts qu’il a fournis dans le secteur sportif. «Je suis trèvws fier d’avoir été honoré. Surtout que l’État me reconnaisse.» Depuis qu’il a raccroché les «spikes», ce dernier a travaillé dans la filière sportive qui l’a rendu célèbre : l’athlétisme.

Ce deuxième sacre vient 16 ans après le premier. «Je pense qu’il faut donner le temps au temps. Mais ce qui est le plus important, c’est que le sacrifice a été reconnu.» À présent, il ne pense pas arrêter en aussi bon chemin. Il veut continuer à donner de l’espoir aux jeunes afin que l’athlétisme continue à progresser. Surtout que les grandes années de gloire dans ce domaine, avec les plus grands noms du gratin mondial, ont toujours été associé au fameux trio composé d’Eric Milazar, Jonathan Chimier et Stephan Buckland. Justement ce dernier est également détenteur du titre de MSK, obtenu en 2003, après trois premières places obtenues lors des Jeux de la Francophonie en 2001, à Ottawa. Toutefois, contrairement à son homologue, il a entamé une carrière politique et, est surtout connu pour son franc-parler sur tous les sujets d’actualité.

Noemi Alphonse: «J’ai encore beaucoup à accomplir»

Porte drapeau de la sélection mauricienne lors des derniers Jeux des îles, Noemi Alphonse a été faite Member of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean (MSK). On se souvient encore de son clash avec l’ancien ministre des Sports, Yogida Sawmynaden, en 2016. Des mots qui lui ont même fermé les portes à une participation paralympique à cette époque. Connue comme n’ayant pas sa langue dans sa poche, aujourd’hui encore, elle continue à se battre pour les autres handisportifs. Et c’est justement cette lutte, selon elle, qui lui a permis de décrocher ce titre. «Je suis fière de cette décoration, je ne m’y attendais pas. Surtout que je suis jeune et que j’ai encore beaucoup à accomplir.» Elle ne pense pas pour autant arrêter de défendre les causes des handisportifs et des femmes. «Peut-être que mes actions lors des Jeux des îles ont contribué à ce que je sois décorée. Mais cela ne m’empêchera pas de continuer à rester concentrer sur ma discipline. Le plus important est d’essayer de rechercher une qualification en vue des Jeux paralympiques. On espère qu’ils ne seront pas reportés.»

Gaston Valayden: celui qui a retourné sa médaille

Il n’y en a pas deux comme lui. Pour son talent artistique mais aussi pour avoir rendu son titre de Member of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean (MSK) au président de la République, il y a dix ans. Lui, c’est Gaston Valayden. «Je n’ai pas de regret pour ce que j’ai fait à l’époque. Tout cela s’est du passé.» Pour la petite histoire, en 2003, il est fait MSK et sept ans après, il se rend à la State House pour protester contre le manque de considération du ministère des Arts et de la Culture pour sa demande de sponsorship de la Trup Sapsiway qu’il dirige pour une représentation aux États-Unis. Avec du recul, l’auteur, qui est aussi metteur en scène et comédien, perçoit ces distinctions «comme des distributions de petits pâtés». Il soutient que c’est son ressenti par rapport aux différents gouvernements en poste. «Les gouvernements ne sont pas sincères, ils écoutent les conseillers. Je pensais que l’on m’avait donné cette médaille pour le travail que j’ai accompli, et que j’ai fait avancer le monde du théâtre. Mais c’est une question de politique.» En tout cas, depuis, il continue son bonhomme de chemin, car le passé appartient au passé.

Culture: la part belle à la littérature

Sudhir Hazareesingh, Grand Commander 

La plus haute distinction de l’État. C’est ce qui a été décerné à Sudhir Hazareesingh. Il est lecturer en sciences politiques et Tutorial Fellow, au Balliol College, à l’université d’Oxford. La liste de ses ouvrages est éloquente. Le plus récent, «Ce pays qui aime les idées», a reçu le Grand prix du livre d’idées en 2015.

Mauricien enseignant à Oxford, il a une prédilection pour l’histoire de France. Sudhir Hazareesingh a publié «Le Mythe gaullien» (2010). Il est un spécialiste de l’empereur exilé à Sainte Hélène, comme en témoigne «La Légende de Napoléon» (2006) et «La Saint-Napoléon Quand le 14 juillet se fêtait le 15 août» (2007). Dans un entretien à l’express, il expliquait : «Pourquoi s’intéresser à l’histoire de la France ? Parce que la France est imparfaite. Elle est presque toujours en crise.» Lauréat du collège Royal de Curepipe en 1980, il étudie à Oxford, y obtient un doctorat, avant d’y enseigner.

Issa Asgarally: contribution assidue à la literature

Linguiste et auteur, Issa Asgarally a été Associate Professor au Mauritius Institute of Education et chef du département de français. Sa devise aurait pu être «l’interculturel ou la guerre», du titre de l’essai préfacé par Jean Marie LeClézio, prix Nobel de littérature. Sa proximité avec le prix Nobel vient aussi du prix littéraire Jean Fanchette, organisé par la mairie de Beau-Bassin–Rose-Hill. Jean Marie Le Clézio en est le président et depuis 27 ans, Issa Asgarally en est le coordinateur, «à titre bénévole», indique-t-il. Cette décoration républicaine, Issa Asgarally l’accueille avec plaisir. «C’est une fierté d’être de la même promotion que Sudhir Hazareesingh.» Il rappelle qu’en 2004, la France l’avait élevé au rang de chevalier de l’Ordre des palmes académiques. «Aujourd’hui, cela me touche énormément d’être honoré par mon pays.»

Dhyaneshwar Dausoa: le sculpteur qui aime le bois et la pierre 

Plus de 50 ans de sculpture. Dhyaneshwar Dausoa a contribué aux débuts de l’école des Beaux-Arts au Mahatma Gandhi Institute, dans les années 1970. Aujourd’hui, sa maison et sa cour à Dagotière sont transformés en galerie remplie de ses oeuvres. 

En 2019, Dhyaneshwar Dausoa recevait le Lifetime achievement award, aux National awards, décernés par le ministère des Arts et de la Culture. 

Cette année, il est fait Commander of the order of the star and key of the indian ocean. « Je suis très fier que l’on reconnaisse la communauté des artistes. Je dédie cela à tous mes collègues et mes proches ».

Carl de Souza: l’ancien conseiller recompense

Après deux ans comme conseiller au ministère de l’Éducation, Carl de Souza a quitté ses fonctions. C’était l’an dernier. Il était responsable du dossier des 3 500 enfants qui sortent du primaire sans avoir acquis les compétences de base. Il y avait côtoyé la ministre Leela Devi Dookun- Luchoomun, une ancienne collègue, du temps où ils étaient tous deux enseignants au Collège du Saint-Esprit. Carl de Souza a aussi été recteur du Saint Mary’s College. Sportif, sa discipline de prédilection est le badminton. 

Auteur mauricien publié en France, son dernier roman, «L’année des cyclones», est paru aux Éditions de l’Olivier en 2018. Son premier roman, «Le Sang de l’Anglais», avait remporté le Prix de l’ACCT. Sa riche bibliographie comprend «La Maison qui marchait vers le large» (1996), «Les Jours Kaya», «Ceux qu’on jette à la mer» (2001), «En chute libre» (2012), entre autres.

Gérard Louis: gloire de la musique mauricienne

Sa dernière chanson : «Dan larmoni lanatir», la chanson officielle des 52 ans de l’indépendance. Pour les 50 ans de l’indépendance en 2018, il avait repris la chanson «Donn to lame pran mo lame», pour les célébrations officielles. 

Musicien, arrangeur, auteur, Gérard Louis a aussi été le producteur de Sandra Mayotte, chanteuse récemment élue députée de la majorité. «Je suis heureux que le gouvernement ait reconnu ma contribution à la musique mauricienne», dit seulement Gérard Louis. «Cela vient compléter le tableau de mes médailles.» Avec le groupe Cassiya, dont il a été le leader, il avait été fait citoyen d’honneur de Port-Louis. Il a aussi reçu plusieurs décorations à La Réunion, notamment à Bras Panon et au Tampon. «Il y a trois ans, j’ai été élu meilleur artiste de l’océan Indien», rappelle-t-il. 

Gérard Louis est membre du conseil d’administration de la Mauritius Society of Authors. Sa décoration signifie-t-elle que les revendications du monde artistique trouveront un écho auprès des décideurs ? «De tout temps, des artistes ont été décorés. Cela ne veut pas dire que notre situation s’est améliorée.»

 

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